TALIS 2024 et l'épuisement des enseignants : pourquoi la communication avec les parents est une crise de fidélisation
Dix-sept pour cent des enseignants en âge de travailler envisagent de quitter la profession d’ici cinq ans. Ce chiffre, tiré de l’enquête TALIS 2024 de l’OCDE, ne résume pas une problématique abstraite de charge de travail. C’est une projection en termes d’effectifs. Et les données qui le sous-tendent pointent vers une cause que de nombreux chefs d’établissement n’ont pas encore traitée à la hauteur de son importance : la communication non structurée avec les familles.
Le facteur de stress que l’on ignore
Quand les directeurs d’école s’interrogent sur l’épuisement des enseignants, la discussion porte généralement sur les tâches administratives, les exigences curriculaires ou la gestion de la discipline en classe. Ce sont des pressions réelles. Mais TALIS 2024 apporte un constat qui bouscule ce tableau familier.
Selon l’analyse d’Internationale de l’Éducation sur TALIS 2024, 42 % des enseignants dans le monde citent « répondre aux préoccupations des parents » comme un facteur de stress significatif — ce qui en fait l’un des principaux facteurs de stress au niveau mondial, aux côtés du travail administratif (52 %), de la gestion de la discipline (45 %) et des pressions liées à la redevabilité (45 %). Plus important encore, l’enquête ne se contente pas de hiérarchiser les facteurs de stress. Elle en quantifie le coût : « Chaque heure supplémentaire consacrée aux tâches administratives, à la correction ou à la communication avec les parents est associée à une diminution plus marquée du bien-être des enseignants. »
Ce seul constat reframe la problématique. La communication avec les parents n’est pas une variable relationnelle secondaire dans le bien-être des enseignants. Elle appartient, de façon mesurable, à la même catégorie de nuisances que la charge administrative qui mobilise les réformateurs de l’éducation depuis des décennies.
L’ampleur régionale : ce que cela signifie concrètement dans les établissements
Pour saisir ce que ces données signifient pour un établissement scolaire, il faut s’arrêter sur la réalité régionale.
En Alberta, au Canada, les enseignants déclarent travailler 47 heures par semaine — soit cinq heures de plus que la moyenne de l’OCDE — et 42 % font état d’un niveau élevé de stress professionnel, contre une moyenne mondiale de 19 % seulement. La Belgique présente un tableau similaire : plus de 50 % des enseignants estiment que leur métier nuit à leur santé mentale et physique, d’après une analyse bibliométrique de 2025 portant sur cinq décennies de recherche sur l’épuisement des enseignants, publiée dans Acta Psychologica. Cette même étude indique que 76 % des enseignants canadiens souffrent d’épuisement émotionnel.
Ces chiffres ne constituent pas des exceptions. Ils révèlent une profession dans laquelle l’accumulation des heures consacrées à des tâches hors enseignement direct — y compris les sollicitations liées à la communication — érode activement la ressource que les établissements ont le plus grand intérêt à préserver.
Pour les chefs d’établissement en France, en Belgique et dans les pays du Golfe, la question n’est plus de savoir si ce phénomène est réel. Elle est de savoir s’il est traité avec suffisamment de sérieux pour modifier les conditions qui le produisent.
Un problème particulièrement aigu chez les enseignants débutants
TALIS 2024 est particulièrement explicite sur un groupe : les enseignants novices.
L’analyse d’Internationale de l’Éducation révèle que plus de 20 % des enseignants débutants envisagent de quitter l’enseignement dans les cinq ans, dans près d’un tiers des systèmes éducatifs participants. Une étude de 2025 publiée dans Frontiers in Education vient confirmer ce constat : « les jeunes enseignants ayant peu d’expérience sont les moins satisfaits et présentent les niveaux les plus faibles de santé mentale et de bien-être, ce qui les expose davantage au risque d’épuisement professionnel et d’abandon de la profession » (Frontiers in Education, 2025).
Les enseignants en début de carrière sont généralement les moins armés pour gérer les exigences émotionnelles de la communication avec les parents. Ils n’ont pas encore développé les scripts professionnels ni les habitudes de délimitation qui permettent à leurs collègues plus expérimentés de contenir la charge cognitive. Lorsqu’un parent envoie un message à 21 h à propos d’une note, un enseignant débutant se sent souvent obligé de répondre — immédiatement, de façon personnelle et avec soin. Multiplié par trente familles, ce phénomène devient structurel.
La communication avec les parents : une charge émotionnelle, pas seulement une charge horaire
Le coût en temps de la communication avec les parents est mesurable. Mais TALIS 2024 et les travaux de recherche qu’il a suscités montrent que le problème va plus loin que les heures passées.
Une étude de 2025 publiée dans Frontiers in Psychology, portant sur des enseignants de maternelle à Taïwan, établit que la charge de travail et les exigences émotionnelles prédisent significativement l’intention de quitter la profession — l’épuisement professionnel jouant le rôle de facteur médiateur. L’étude classe explicitement la communication avec les parents parmi les sources de charge émotionnelle : « Les enseignants de preschool sont censés répondre aux fortes exigences des parents concernant les résultats d’apprentissage, les approches pédagogiques, la communication entre parents et enseignants, et la réactivité — autant de sources identifiées de tension émotionnelle » (Frontiers in Psychology, 2025).
Cette distinction est essentielle pour les chefs d’établissement. Réduire le temps consacré à la communication avec les parents ne suffit pas si la nature de cette communication reste réactive, non structurée et émotionnellement imprévisible. Un enseignant qui passe trente minutes à rédiger un email prudent et défensif en réponse à un parent agité a absorbé une charge émotionnelle que l’horloge ne mesure pas entièrement.
La structure importe donc autant que le volume. Des canaux prévisibles et délimités — où la communication se déroule à des horaires définis, dans des formats précis et avec un périmètre clairement établi — réduisent à la fois la charge horaire et la charge émotionnelle. Un parent qui sait qu’il recevra chaque semaine un compte rendu structuré via la plateforme de l’établissement est moins susceptible d’envoyer un message anxieux en soirée. L’enseignant qui sait que la communication est bornée ne se sent plus en permanence d’astreinte.
Ce que les données indiquent sur la satisfaction et la fidélisation
TALIS 2024 contient également un constat qui devrait mobiliser l’attention de tout chef d’établissement soucieux de la stabilité de ses équipes : les enseignants satisfaits sont cinq fois moins susceptibles d’envisager de quitter la profession (Internationale de l’Éducation, 2025).
Par ailleurs, une synthèse indépendante de 2025 portant sur l’intégralité du rapport TALIS 2024 de l’OCDE note que la charge de travail et les exigences administratives « continuent d’éroder l’énergie dont les enseignants ont besoin pour maintenir un enseignement de qualité » (The Economy of Meaning, 2025). Le lien est direct : une énergie érodée engendre l’insatisfaction ; l’insatisfaction engendre l’attrition.
La dimension financière n’est pas négligeable non plus. Selon les estimations, le remplacement d’un enseignant coûte entre 11 860 et 24 930 dollars lorsque l’on intègre le recrutement, l’intégration et la perte de productivité. Pour un établissement qui perd trois enseignants en un an, cela représente une ligne budgétaire qui dépasse largement le coût de tout outil de communication.
Les chefs d’établissement abordent souvent la fidélisation du personnel sous l’angle des salaires, de la culture ou du management. TALIS 2024 y ajoute une variable plus granulaire : la texture quotidienne de la charge de travail des enseignants. La charge liée à la communication est maîtrisable d’une façon que peu d’autres leviers de fidélisation permettent. Elle ne requiert ni négociation budgétaire, ni transformation culturelle. Elle exige des décisions structurelles sur les modalités et les horaires de la liaison école-famille.
De la donnée à la décision : ce que les chefs d’établissement peuvent faire
Les constats de TALIS 2024 dessinent un type précis d’intervention. Des travaux de recherche compilés à partir de sources multiples identifient explicitement la communication avec les familles parmi les tâches « qui peuvent être simplifiées grâce aux outils numériques » pour réduire l’épuisement professionnel. Mais l’outil n’est efficace que si la politique qui en régit l’usage l’est également.
Trois décisions structurelles permettent de transposer les données TALIS dans la pratique des établissements :
1. Passer à des canaux asynchrones et basés sur une plateforme pour la liaison école-famille. Concrètement, cela signifie que les messages des parents transitent par l’application de l’établissement (telle que les canaux de messagerie BeeNet), et non par le téléphone personnel de l’enseignant, et que les réponses interviennent pendant les heures de travail. Lorsque la communication emprunte un canal défini plutôt que des numéros personnels ou des adresses email, une frontière naturelle s’établit. Les échanges sont partagés et traçables. La charge émotionnelle d’un message privé — qui peut prendre l’allure d’une confrontation personnelle — s’en trouve atténuée.
2. Définir des normes de communication communiquées aux familles dès le début de l’année. Les délais de réponse attendus, les sujets appropriés pour les messages numériques, et la distinction entre les contacts d’urgence liés à la protection de l’enfant et les mises à jour de routine doivent être formulés explicitement. De nombreux enseignants absorbent des attentes déraisonnables de la part des parents simplement parce que personne n’a jamais posé un cadre différent.
3. Protéger spécifiquement les enseignants débutants. Au regard de ce que TALIS 2024 révèle sur l’attrition des enseignants novices, les établissements devraient envisager de surveiller activement la charge de communication des enseignants lors de leurs trois premières années — par exemple, via un point mensuel rapide avec leur responsable de département sur le volume et la nature des contacts avec les parents — et d’apporter un soutien structuré lorsque ces charges s’emballent.
Aucune de ces interventions n’exige de ressources exceptionnelles. Elles requièrent une volonté managériale de traiter la charge de communication des enseignants comme une variable de fidélisation — et non comme un problème d’adaptation personnelle.
Si vous réfléchissez à la façon dont votre établissement gère la liaison école-famille et cherchez une plateforme apportant structure, cadre et simplicité à ce canal, BeeNet propose des canaux de communication structurés et délimités dans le temps entre les enseignants et les familles. Les données de TALIS 2024 envoient un signal clair. La réponse structurelle est une décision qui appartient à la direction de l’établissement.
Références
Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.
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