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Écart de 7 points : l'alerte pour la communication scolaire

Écart de 7 points : l'alerte pour la communication scolaire

De nombreux chefs d’établissement exerçant dans des systèmes plurilingues soupçonnaient depuis longtemps que les élèves de nationalité étrangère terminent le secondaire II à un taux inférieur à celui de leurs camarades suisses. Le rapport suisse sur l’éducation 2026 met désormais un chiffre sur ce constat. En 2022, 92,1 % des élèves suisses ont obtenu un certificat du secondaire II, contre environ 85 % des élèves étrangers — un écart d’un peu plus de 7 points de pourcentage. Ce même rapport pointe aussi l’influence parentale — en particulier sur les choix de carrière en zone rurale — comme un facteur dans la construction de ces parcours. Lus ensemble, ces deux constats soulèvent une question concrète pour tout système scolaire accueillant des familles plurilingues : l’information qui façonne ces choix parvient-elle à chaque parent avec la même constance ?

L’écart de 7 points, dans les chiffres du rapport

Le Centre suisse de coordination pour la recherche en éducation (CSRE/SKBF) a publié ce constat dans le cinquième rapport sur l’éducation en Suisse, transmis au gouvernement fédéral (SEFRI/CDIP) le 23 mars 2026. Le rapport l’énonce sans détour : « En 2022, les élèves suisses ont atteint un taux de réussite moyen de 92,1 %, contre environ 85 % pour les élèves étrangers, bien que, contrairement aux périodes précédentes, il n’existe plus de différence entre la première et la deuxième génération. »

L’écart au sein de la population étrangère — entre première et deuxième génération — s’est refermé. L’écart entre élèves suisses et élèves étrangers, lui, persiste. Quelque chose dans la ligne de partage suisses/étrangers résiste davantage que la ligne générationnelle.

Les 26 cantons suisses détiennent l’autorité constitutionnelle sur la scolarité obligatoire, comme le confirme le communiqué du gouvernement fédéral annonçant le rapport. Lorsque cette autorité se situe à l’échelon cantonal et communal plutôt que national, une communication plurilingue cohérente envers les familles est quelque chose que chaque canton doit choisir de construire — ce n’est pas une garantie qu’apporterait d’office un canal national unique. Ce même communiqué relève que le taux de certification national a lui aussi légèrement reculé : « le taux de certification a légèrement baissé, passant de 91,5 % (2016) à 90,1 % (2022) ».

Ce que dit le rapport sur l’influence parentale — et l’engagement des parents

Le rapport lui-même est plus mesuré sur ce point que ne le laisse entendre une partie de sa couverture médiatique. En expliquant pourquoi les parents des zones rurales exercent plus souvent des professions genrées, il avance l’influence parentale comme un facteur explicatif parmi d’autres, notant que les parents « exercent eux aussi plus souvent des professions typées selon le genre en zone rurale, peut-être en raison de préférences différentes, mais aussi de structures économiques différentes ». Dans un entretien publié en marge du rapport, l’Académie suisse des sciences techniques (SATW) élargit le propos, qualifiant « l’influence des parents sur les intérêts, l’image de soi et les choix de filières comme de carrière » de « particulièrement forte ». Le texte du rapport, lui, rattache ce constat spécifiquement à la ségrégation professionnelle genrée en zone rurale — et non à une affirmation générale sur le parcours de l’ensemble des élèves suisses.

Le rapport du CSRE précise lui-même qu’il s’agit d’une corrélation, non d’un lien de causalité — indiquant, à propos d’un constat voisin sur les écarts entre cantons, qu’« aucun lien de causalité n’a encore été démontré ». L’influence parentale est un facteur explicatif d’une tendance observée, pas un mécanisme dont il serait prouvé qu’il détermine à lui seul les résultats.

Pour un chef d’établissement, ce qui compte en pratique n’est pas le mécanisme statistique, mais le moment où l’information arrive. Si l’avis des parents pèse réellement sur la filière, l’apprentissage ou la voie générale que suit un enfant, alors une annonce de soirée d’orientation ou un rappel d’échéance pour le choix des options qui n’atteint jamais un foyer dans une langue qu’il lit couramment n’est pas une simple notification manquée — c’est une occasion manquée pour que cet avis puisse même s’exprimer.

C’est là que l’influence parentale rejoint l’engagement des parents : une école ne peut pas changer ce qu’une famille pense d’une voie professionnelle, mais elle peut s’assurer que cette famille reçoit l’information nécessaire pour se prononcer avant l’échéance.

À quoi ressemble une infrastructure plurilingue : l’exemple d’un canton

Si l’influence parentale joue réellement un rôle dans la construction des parcours des élèves suisses, alors la constance avec laquelle les écoles transmettent l’information aux parents — étapes d’inscription, échéances de choix d’options, soirées d’orientation, filières de formation professionnelle — devient une question opérationnelle.

Zurich constitue l’exemple le mieux documenté d’un canton ayant bâti ce type d’infrastructure. Le département de l’instruction publique de la ville gère un service de consultation d’« ambassadeurs scolaires » (Schulbotschafter/-innen) qui offre un accompagnement en plusieurs langues par téléphone et par courriel, en complément de cours de langue d’origine (HSK) proposés dans plus de 30 langues. C’est un exemple concret de ce à quoi ressemble une infrastructure dédiée de communication plurilingue avec les familles, une fois qu’un canton s’engage à la construire.

C’est aussi, par définition, un investissement propre à Zurich. Compte tenu de l’autorité constitutionnelle des cantons sur l’école, le reproduire ailleurs relève d’un choix local, non d’une obligation qui s’imposerait à un autre canton. C’est précisément pourquoi la leçon la plus transposable de l’exemple zurichois n’est pas « recruter des ambassadeurs », mais « faire de la langue un paramètre routé, propre à chaque famille ».

L’influence parentale n’est pas la seule explication

L’influence parentale et l’accès à l’information ne sont pas les seules explications de cet écart de certification — et le rapport ne prétend pas le contraire. La note de l’OCDE sur les migrations de 2025 montre que la prise en compte du milieu socio-économique « réduit la plupart des écarts de performance » entre élèves nés à l’étranger et nés dans le pays, à l’échelle de l’OCDE (OCDE, 2025). Une analyse de l’Université de Fribourg portant sur 25 ans de données du Panel suisse de ménages montre que le niveau d’études des parents et la catégorie sociale sont des prédicteurs importants et de longue date des trajectoires en Suisse, largement indépendants de la nationalité (Edler et Hadjar, 2025). Et à l’intérieur même de la Suisse, le rapport du CSRE attribue plus de 70 % de la variance intercantonale des taux de certification à la répartition entre filières professionnelles et générales propre à chaque canton, et non à la composition démographique (onfuture.ch, 2026). Ces deux facteurs pèsent plus lourd, sur le plan documentaire, que l’accès à l’information — qui reste un facteur différenciant à tester, plutôt qu’un levier dont l’effet serait prouvé.

Ce que cela signifie pour la communication scolaire

Cela pose une question opérationnelle qu’il est possible de tester : lorsque la langue parlée à la maison n’est pas la langue d’enseignement de la classe, l’information qui oriente le choix des options, l’orientation professionnelle et les échéances d’inscription arrive-t-elle sous une forme qui permette au parent d’agir — pas seulement de la recevoir ?

C’est d’abord un problème de traduction et de canal de diffusion, avant d’être un problème pédagogique — et cela commence par une base simple : recueillir la langue préférée de chaque famille dès l’inscription, puis la traiter comme une règle de routage, et non comme une simple mention notée une fois dans un dossier papier. En pratique, cela se traduit par :

  • Un SMS traduit ou un rappel via une application de messagerie, envoyé 48 heures avant une soirée de choix d’options ou d’orientation professionnelle, dans la langue d’usage enregistrée par la famille plutôt que dans la langue d’enseignement par défaut de l’école — assez court pour se lire sur un téléphone, avec une confirmation de présence en un geste.
  • Une annonce de période d’inscription diffusée via le même canal qu’utilise déjà la famille pour le suivi quotidien des présences ou des devoirs, plutôt qu’une simple lettre papier envoyée une fois, dans la langue administrative.
  • Une courte séquence automatisée autour des échéances de filières professionnelles — un avis initial, un rappel à une semaine, une relance la veille — délivrée dans la langue choisie par chaque responsable légal lors de l’inscription, plutôt que dans une langue unique fixée pour toute l’école.

Rien de tout cela n’exige qu’un canton finance un service d’ambassadeurs. Il suffit de traiter la préférence linguistique comme un paramètre propre à chaque famille, au sein de la plateforme qui porte déjà les présences, les devoirs et les informations sur les événements — une infrastructure que de nombreux systèmes scolaires plurilingues à travers l’Europe font déjà tourner à d’autres fins. Partout où une école accueille des familles de langues mêlées — une école francophone en Belgique, au Maroc ou dans le Golfe, par exemple — le même problème de routage se poserait, avec simplement un autre éventail de langues au registre.

Une fenêtre d’action pour l’équité

Le rapport suisse 2026 n’a pas été conçu pour noter les systèmes de communication scolaire, ni pour auditer l’équité — il visait à décrire des parcours éducatifs. Mais ses deux constats phares, lus ensemble, posent aux chefs d’établissement hors de Suisse une question d’équité légitime sur leur propre population de familles plurilingues : l’information qui façonne le parcours d’un élève atteint-elle chaque parent avec la même constance qu’elle atteint celui qui parle la langue majoritaire ?

Les facteurs socio-économiques et structurels documentés plus haut ne sont pas des éléments qu’un secrétariat d’établissement peut corriger d’ici septembre. La diffusion cohérente, par famille et dans la bonne langue, d’informations que l’école envoie déjà, en revanche, oui — et combler cet écart ne demande ni nouveau programme, ni personnel supplémentaire, ni chantier pluriannuel. Pour les établissements qui accueillent déjà des familles plurilingues, la question n’est pas de savoir s’il faut combler cet écart. C’est de savoir quand.

Transmettre la même information à chaque famille, dans la langue que chaque parent lit réellement, quel que soit le canton, le pays ou la classe concernés, est une exigence opérationnelle que la plupart des écoles remplissent déjà par fragments — une lettre papier ici, un PDF traduit là, un groupe WhatsApp ailleurs. Des plateformes de communication conçues à cet effet existent précisément pour unifier tout cela en un seul paramètre, propre à chaque famille. Une plateforme comme BeeNet, avec des canaux de messagerie par famille et l’envoi de SMS pour les parents sans accès à l’application, constitue une voie de mise en œuvre pour combler ce type d’écart de portée — pas la seule, mais un point de départ concret pour les administrateurs qui préfèrent le tester ce trimestre plutôt que le suivant.

Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.

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