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Décret 20 à 22 périodes en Belgique : ce que cela signifie pour la communication école-famille

Décret 20 à 22 périodes en Belgique : ce que cela signifie pour la communication école-famille

La Fédération Wallonie-Bruxelles vient de voter une hausse de la charge d’enseignement hebdomadaire des professeurs du secondaire supérieur, de 20 à 22 périodes — soit une augmentation de 10 % du temps de travail sans revalorisation salariale correspondante, noyée dans un paquet budgétaire plus large RTBF. Le vote qui a fait passer ce texte a été houleux : il a été adopté aux petites heures du matin, à l’issue d’une séance qui s’est prolongée au-delà d’1 heure du matin, après avoir réuni environ 300 représentants du secteur de l’enseignement au Parlement, la majorité ayant forcé l’adoption de son décret-programme 2 contesté L’Avenir. L’opposition a dénoncé un « déni de démocratie », soulignant que la majorité avait fait l’impasse sur l’avis obligatoire du Conseil d’État prévu par le règlement de l’assemblée elle-même — le député Martin Casier a jugé « inconcevable de voter contre notre propre règlement », tandis que Bénédicte Linard a qualifié la manœuvre de « gravissime » L’Avenir. Quelques jours plus tard, élèves et enseignants ont manifesté dans plusieurs villes, dont Bruxelles et Charleroi DHnet, tandis que des milliers d’enseignants et d’élèves se rassemblaient devant le Parlement même, inscrivant « NON » sur ses murs extérieurs. La ministre-présidente Elisabeth Degryse a simplement répondu : « Le décret-programme sera de toute façon voté » RTBF.

Pour tout chef d’établissement de la Fédération Wallonie-Bruxelles — et pour quiconque suit l’actualité des politiques éducatives européennes — cette seule ligne sur le nombre de périodes hebdomadaires mérite un examen attentif, indépendamment de la manière dont le feuilleton politique se dénouera.

Ce que le décret change concrètement

La réforme est plus ciblée que ne le laissent penser les titres « les enseignants travaillent plus », mais son mécanisme n’en reste pas moins important. Les professeurs du secondaire, en 4e, 5e et 6e (le cycle du secondaire supérieur), enseigneront deux périodes de 50 minutes supplémentaires par semaine, sans revalorisation salariale correspondante RTBF.

Cette hausse du nombre de périodes ne constitue pas une mesure isolée. Elle n’est qu’une ligne d’un plan d’économies de 500 millions d’euros pour 2026-2029, dont 255 millions rien que pour 2026 ; l’enseignement obligatoire absorbe à lui seul 86,7 millions de cette première réduction annuelle, et les budgets scolaires ne sont pas indexés sur l’inflation cette année — soit une baisse en termes réels Education International. Le même paquet budgétaire réduit l’indemnisation des congés de maladie (chute immédiate à 60 % une fois les réserves épuisées, contre le barème précédent de 80 % dégressif à 60 % sur trois ans) et fait passer le financement des fournitures scolaires de 24 à 11 millions d’euros par an RTBF. Les enseignants contractuels perdront par ailleurs leur éligibilité à la nomination définitive à partir de 2027 Education International.

Fait notable, cette réforme intervient alors que le Pacte pour un Enseignement d’excellence avait introduit, dans le primaire (de la 1re à la 5e année), des périodes de co-enseignement dédiées à un « accompagnement personnalisé » pour soutenir la différenciation pédagogique Eurydice. Cet investissement antérieur en temps de soutien concerne une population enseignante et un niveau scolaire différents des professeurs du secondaire supérieur (4e à 6e) touchés par la nouvelle hausse de périodes — mais il montre que les deux réformes tirent le système dans des directions opposées.

Pourquoi cette mesure réduit le temps disponible pour les familles

Aucune étude ne mesure directement combien de minutes de communication avec les parents un enseignant perd lorsque sa charge d’enseignement hebdomadaire augmente de deux périodes — ce lien n’existe pas dans les données, et il serait malhonnête de prétendre le contraire. Ce que montrent en revanche les recherches disponibles, c’est que le temps disponible pour tout ce qui dépasse l’enseignement direct était déjà très limité avant ce décret.

L’enquête TALIS 2024 de l’OCDE — qui couvre environ 280 000 enseignants du premier cycle du secondaire dans 55 systèmes éducatifs, dont les Communautés française et flamande de Belgique — montre que le temps non consacré à l’enseignement est déjà mis sous pression de plusieurs côtés à la fois. À l’échelle de l’OCDE, 40 % des enseignants déclarent que la correction des copies est une source de stress excessive, les enseignants à temps plein consacrent en moyenne un peu plus de 3 heures par semaine au travail d’équipe et aux échanges avec leurs collègues, et la part du temps de classe consacrée à la gestion disciplinaire est passée de 13 % en 2018 à 16 % en 2024 OCDE TALIS 2024.

Deux réserves s’imposent concernant ces données, ainsi qu’à propos d’un jeu de données connexe qu’il convient de signaler. L’enquête TALIS porte sur les enseignants du premier cycle du secondaire, et non sur la population du secondaire supérieur (4e à 6e) visée par ce décret, et elle est antérieure au décret belge — elle établit donc une base de référence, pas une mesure directe de l’effet de cette politique. Par ailleurs, le rapport annuel d’Eurydice sur le temps d’instruction — la référence européenne standard sur le volume d’heures de cours reçues par les élèves — mesure quelque chose de conceptuellement différent : Eurydice suit le temps d’instruction des élèves, alors que la réforme belge modifie la charge de périodes hebdomadaires des enseignants. Les deux indicateurs ne sont pas interchangeables, et le cadre méthodologique d’Eurydice exclut explicitement le tutorat individuel, le temps non obligatoire et l’aide aux devoirs de sa définition du temps d’instruction — il n’offre donc aucune mesure directe du temps administratif ou de communication avec les familles dans aucun système éducatif européen Eurydice. En somme : aucune base de données européenne ne permet d’affirmer précisément combien de « temps de communication » une hausse de 10 % de la charge d’enseignement retire aux enseignants. Ce que l’on peut affirmer, c’est que les heures résiduelles et non protégées d’une semaine d’enseignant — celles dans lesquelles la communication avec les parents puise habituellement — viennent, par construction, de se réduire encore.

Un constat honnête : il n’est pas seulement question d’horloge

Il serait trop simple d’attribuer un éventuel manque de communication aux seules deux périodes supplémentaires par semaine. Deux autres facteurs jouent un rôle réel ici. D’abord, la hausse du nombre de périodes n’est qu’une ligne d’un plan d’austérité de 500 millions d’euros qui réduit également les indemnités de maladie, les budgets de fournitures et la sécurité de l’emploi des enseignants contractuels Education International — un rappel que la contrainte de temps sur laquelle se concentre cet article n’est qu’un élément d’un tableau budgétaire plus large, pas toute l’histoire. Ensuite, les recherches sur la communication avec les parents montrent systématiquement que sa qualité et sa régularité dépendent autant de la formation et de la méthode que du nombre d’heures brutes disponibles. Une revue de littérature de 2025 a établi que si 95 % des enseignants spécialisés considèrent le partenariat famille-professionnel comme une responsabilité centrale de leur métier, seule la moitié se déclarait satisfaite de la place que ce sujet occupait dans leur formation initiale — et les parents rapportent déjà recevoir une communication « trop rare, jusqu’à ce qu’un problème surgisse », indépendamment de toute nouvelle pression sur le temps Graham-Clay, 2025. Davantage d’heures ne suffirait pas à combler une lacune de formation ; moins de temps n’explique pas non plus, à lui seul, une lacune déjà existante.

Ce que les chefs d’établissement peuvent faire, quel que soit le sort réservé au décret

Que son établissement soit ou non confronté à sa propre version de cette contrainte, la leçon à en tirer se généralise : lorsque la charge d’enseignement augmente sans que le temps non consacré à l’enseignement ne s’accroisse en proportion, la communication avec les familles est une victime plausible, simplement parce que — contrairement au temps d’instruction — elle ne bénéficie d’aucun plancher protégé. Trois réponses pratiques découlent de la pression que ces recherches décrivent.

Fixer par écrit, au niveau de l’établissement, une fréquence minimale de communication. Plutôt que de laisser la fréquence à la seule discrétion de chaque enseignant sous la pression du temps, il convient de définir un plancher explicite — par exemple, une brève mise à jour par classe toutes les deux semaines (deux ou trois lignes sur ce qui a été vu et ce qui arrive), assortie de signalements immédiats en cas de problème d’absentéisme ou de comportement. Cette mesure répond directement au constat de Graham-Clay selon lequel les parents perçoivent le silence comme une communication « trop rare, jusqu’à ce qu’un problème surgisse ».

Passer d’une communication à forte valeur de synthèse à une communication fondée sur des modèles types. Un enseignant disposant de deux périodes libres de moins par semaine ne peut pas rédiger des comptes rendus personnalisés pour 25 familles. Ce qui est réaliste, c’est un court modèle structuré (sujet abordé, devoirs à rendre, un signalement le cas échéant) envoyé via un canal unique — un message de groupe plutôt que 25 e-mails individuels — déclenché à partir du plan de cours, et non rédigé de zéro à chaque fois.

Séparer les mises à jour courantes de la communication liée aux incidents, avec des responsables distincts. Confier à l’équipe administrative ou au secrétariat la gestion logistique récurrente (changements d’horaire, rappels d’événements, autorisations à signer) permet au temps non consacré à l’enseignement — de plus en plus réduit pour les enseignants — de se concentrer sur les échanges qui exigent véritablement leur jugement professionnel : un élève en difficulté, une observation de comportement, une question de parent sur une notation.

De la politique à la pratique

Rien de tout cela n’oblige à attendre qu’une assemblée revienne un jour sur ce décret. Centraliser les mises à jour courantes destinées aux parents — plutôt que de laisser chaque enseignant inventer sa propre méthode alors que le temps se resserre — constitue la mise en œuvre concrète des trois réponses présentées ci-dessus. Ce n’est qu’une voie possible parmi d’autres : des plateformes conçues pour une communication familiale multilingue et fondée sur des modèles types (comme BeeNet) permettent aux chefs d’établissement de fixer un plancher de communication pour chaque classe sans alourdir la charge d’un enseignant en particulier, et de laisser le secrétariat absorber les messages courants pour que les périodes libres restantes des enseignants soient consacrées aux échanges qui en ont réellement besoin.

Le décret belge entrera en vigueur dès la prochaine année scolaire, quelle que soit la réponse apportée par chaque établissement. Le vrai choix des écoles n’est pas de savoir si le temps non consacré à l’enseignement de leurs professeurs est sous pression — les données TALIS montrent qu’il l’est déjà, partout en Europe. Le choix, c’est de savoir si la communication avec les familles continuera de fonctionner sur les seules minutes qui restent, ou si elle bénéficiera d’une structure capable de résister à cette contrainte. C’est une décision à prendre avant la première sonnerie de la rentrée, pas après le premier message manqué.

Références

Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.

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