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Le bien-être numérique à l'école : ce que révèle le rapport politique 2025 de l'UE

Le bien-être numérique à l'école : ce que révèle le rapport politique 2025 de l'UE

Si la politique de votre établissement en matière de téléphones portables tient encore en une ligne dans le règlement intérieur, l’UE vient de consacrer toute l’année 2025 à expliquer pourquoi cela ne suffit plus. Pendant des années, le « bien-être numérique » à l’école s’est résumé à un paragraphe noyé dans une politique plus large de compétences numériques ou de sécurité en ligne — un clin d’œil au temps d’écran, pas un véritable plan pour le gérer. Cela change au niveau européen. En 2025, le Centre commun de recherche (JRC) de la Commission européenne a publié Promoting wellbeing in digital education, un rapport fondé sur les pratiques de 12 établissements dans quatre pays de l’UE, qui formalise le bien-être numérique en un « modèle de pratiques émergentes pour le bien-être dans l’éducation numérique » — explicitement rattaché à la Feuille de route 2030 de l’UE sur l’éducation et les compétences numériques.

Il s’agit là d’un changement de cadrage significatif, pas d’un résultat mesuré. Les données qui l’étayent sont descriptives et de nature politique — revues de pratiques, enquêtes nationales, perceptions des praticiens — et non une étude contrôlée démontrant qu’une pratique précise améliore le bien-être des élèves. Autant le dire clairement dès maintenant : tout ce qui suit décrit ce que les institutions européennes privilégient et recommandent aujourd’hui, pas ce dont l’efficacité a été prouvée. Cela posé, voici ce que révèle réellement le recoupement de cette source et de cinq autres publications européennes de 2025, et ce que cela signifie pour la façon dont les établissements devraient envisager la technologie.

D’une simple mention à un pilier à part entière

Le rapport du JRC ne sort pas de nulle part. Il s’appuie sur les conclusions du Conseil de l’UE de 2022 et sur le Plan d’action en matière d’éducation numérique 2021-2027, et s’inscrit dans un ensemble d’autres publications européennes de 2025 qui traitent le bien-être numérique de la même manière : comme une catégorie politique à part entière, avec ses propres orientations pédagogiques, exigences de formation et indicateurs de suivi — et non comme une simple clause annexe des politiques générales de compétences numériques ou de sécurité en ligne.

Le rapport du JRC identifie lui-même sept conclusions pour une pratique efficace du bien-être : des politiques intégrées, un usage équilibré de la technologie, une conception technologique réfléchie, la prise en compte de la fracture numérique, des approches à l’échelle de l’établissement, la collaboration entre parties prenantes, et une recherche continue. Trois d’entre elles — l’usage équilibré, l’intégration à l’échelle de l’établissement, et une politique de bien-être clairement nommée — reviennent suffisamment souvent dans les autres sources pour constituer le socle émergent de ce que signifie désormais une « bonne » éducation numérique dans les cercles politiques européens.

Preuve que ce n’est pas un cadrage isolé : les orientations de juin 2025 de la Plateforme européenne pour l’éducation scolaire définissent le bien-être numérique de manière opérationnelle — habitudes en ligne, temps passé en ligne, types d’activités et qualité des interactions — dans le cadre du même Plan d’action en matière d’éducation numérique. Et une enquête d’European Schoolnet menée auprès de 20 systèmes éducatifs nationaux, réalisée entre janvier et avril 2025, montre que si des politiques nationales spécifiquement dédiées au bien-être numérique restent encore émergentes, le sujet est déjà largement intégré aux programmes scolaires — citoyenneté numérique, éducation aux médias, santé psychosociale — du primaire au secondaire, et que chaque pays participant propose désormais une forme de formation des enseignants sur ce thème, même si son ampleur et son caractère obligatoire varient fortement.

Cette enquête est également utile pour ce qu’elle signale comme lacune. L’éducation de la petite enfance revient systématiquement comme le niveau où les politiques et la formation en matière de bien-être numérique accusent le plus grand retard — un détail important pour tout établissement qui va de la maternelle au secondaire, car une politique d’établissement calquée uniquement sur les normes du secondaire risque de mal servir ses classes les plus jeunes. La méthode de l’enquête — un questionnaire en ligne complété par des échanges bilatéraux directs avec les autorités éducatives nationales de 20 systèmes — en fait l’une des lectures politiques les plus directes disponibles, même si, comme toutes les sources citées ici, elle capture des politiques déclarées et des perceptions de praticiens plutôt que des résultats mesurés chez les élèves.

Ce que recouvre réellement le « bien-être numérique » dans la politique européenne

La notion dépasse largement les limites de temps d’écran. Le cadrage même de la Commission couvre quatre dimensions : le temps que les élèves passent en ligne, ce qu’ils y font, la qualité de leurs interactions numériques, et les habitudes qu’ils emportent avec eux à l’école et en dehors. Cela rejoint le cadre de référence des compétences numériques DigComp, où la santé et le bien-être numériques figurent parmi les 21 compétences fondamentales que les citoyens sont censés développer — un positionnement documenté pour la première fois dans un rapport de fin 2023 et que ne contredit aucune des publications de 2025 citées ici, même si aucune d’entre elles ne revient spécifiquement sur DigComp — non pas comme un complément à la littératie numérique, mais comme une composante à part entière de celle-ci.

Le ressenti des praticiens conforte cette orientation, même s’il ne s’agit pas d’une preuve de résultats. Dans l’enquête 2025 de la Plateforme européenne pour l’éducation scolaire, 56 % des répondants estimaient que les téléphones portables nuisent au bien-être des élèves, 62 % pensaient qu’en restreindre l’usage augmenterait les interactions en face à face, et 41 % jugeaient que cela réduirait le cyberharcèlement. Ce sont là des opinions d’enseignants, pas des effets mesurés — à lire comme un signal de ce vers quoi se porte l’attention du secteur, non comme une preuve que les politiques de restriction produisent réellement ces résultats.

L’orientation du débat politique compte aussi. Une étude 2025 de Save the Children UK et de la Vodafone Foundation menée dans huit pays européens — Click, Scroll, Connect – and Balance (Albanie, Allemagne, Grèce, Portugal, Roumanie, Espagne, Turquie, Royaume-Uni) — plaide explicitement pour dépasser une approche centrée uniquement sur les risques, au profit d’un « engagement numérique sûr, fondé sur les droits et responsabilisant ». L’étude documente également des inégalités d’accès au numérique et une exposition disproportionnée à des préjudices comme les biais algorithmiques et les contenus abusifs générés par IA chez les filles, les jeunes LGBTQIA+, les enfants en situation de handicap et les élèves issus de minorités — un rappel que c’est « l’équilibre », et non la restriction générale, qui constitue le cadrage européen émergent, et que la pratique du bien-être numérique doit tenir compte des élèves réellement les plus exposés, y compris la façon dont les outils de sécurité et de signalement d’un établissement sont configurés pour détecter ces préjudices.

Par ailleurs, le Service de recherche du Parlement européen replace tout cela dans un déficit plus large de compétences numériques : les données ICILS 2023 montrent que 43 % des élèves européens de 8e année scolaire (l’équivalent de la classe de quatrième) manquent encore de compétences numériques de base, contre un objectif 2030 fixé à moins de 15 %. Le bien-être n’est qu’un volet d’un agenda d’éducation numérique qui, à l’échelle de l’UE, doit encore parcourir un chemin considérable.

L’usage équilibré n’est pas le seul facteur

Le cadrage autour du bien-être n’est pas la seule variable que les chercheurs européens mettent en avant pour expliquer pourquoi certaines classes numériques fonctionnent mieux que d’autres. Un document de politique de l’OCDE de 2025, s’appuyant sur les données PISA 2022, désigne les normes professionnelles des enseignants, leur charge de travail et le soutien technique comme leviers décisifs pour une intégration efficace des ressources numériques — le document n’aborde pas du tout la question du bien-être, un rappel qu’il traite d’un tout autre levier politique. De son côté, une note d’Interreg Europe met en avant la fracture numérique — connectivité, financement, écarts de compétences — comme une contrainte à part entière, en soulignant que près de la moitié des adultes de l’UE manquent encore de compétences numériques de base. Ces deux explications, crédibles, financées par l’UE et indépendantes l’une de l’autre, viennent nuancer le récit centré sur le pilier du bien-être. Un établissement doté d’une politique de bien-être solide mais dont le personnel est mal formé ou la connectivité peu fiable n’est pas pour autant une classe numérique qui fonctionne bien.

Ce que cela change au quotidien

Les sept conclusions du JRC relèvent du langage politique. Traduites en pratique, elles orientent vers quelques habitudes concrètes — non pas des prescriptions issues d’un établissement précis, puisqu’aucune source de cette recherche ne nomme de classe en particulier, mais des illustrations raisonnables de ce à quoi pourraient ressembler concrètement « l’usage équilibré » et « l’intégration à l’échelle de l’établissement ».

En pratique, cela pourrait prendre la forme suivante :

  • Plage de silence numérique : une « fenêtre à faible notification » fixe — par exemple un créneau de 45 minutes, deux fois par semaine, pendant lequel l’application de communication avec les familles est mise en sourdine pour les messages non urgents, réservé au travail en profondeur ou à des activités hors écran, avec une exception clairement signalée pour les urgences.
  • Sondage-pouls trimestriel : une enquête à deux questions envoyée aux parents et aux élèves plus âgés via le canal de messagerie déjà utilisé par l’établissement — « À quel point vous êtes-vous senti·e connecté·e à la vie scolaire de votre enfant / à votre propre vie scolaire ce trimestre ? » et « Les outils numériques ont-ils aidé ou ajouté des frictions ? » — analysée par l’ensemble de l’équipe éducative, pas seulement par le responsable informatique, conformément à la conclusion du JRC sur la collaboration entre parties prenantes.
  • Message d’accueil : un message court et obligatoire envoyé aux nouvelles familles dès leur première semaine — trois phrases, un lien — expliquant quels canaux l’établissement utilise, à quelle fréquence, et comment ajuster la fréquence des notifications, ce qui répond directement à la conclusion du JRC sur la « conception technologique réfléchie » et le contrôle donné aux utilisateurs sur leur propre exposition.

Chacune de ces mesures correspond directement à une conclusion du JRC, ce qui en fait un point de départ raisonnable pour une équipe d’établissement, plutôt que d’attendre une base de données probantes plus complète.

Ce que cela signifie pour les chefs d’établissement

Deux constats peuvent coexister : les institutions européennes traitent désormais le bien-être numérique comme une politique centrale et non comme une réflexion après coup, et les pratiques qui en découlent restent pour l’essentiel des recommandations plutôt que des interventions validées. Pour un chef d’établissement, cela plaide pour adopter cette orientation — usage équilibré, portage par l’ensemble de l’établissement, conception qui redonne le contrôle aux familles — tout en restant lucide sur le fait qu’être « estampillé bien-être » ne signifie pas automatiquement « prouvé efficace », et sans négliger les fondamentaux de la formation des enseignants et de la connectivité, que les recherches de l’OCDE et d’Interreg Europe signalent comme tout aussi déterminants.

Sur le plan opérationnel, cela se résume à une exigence : les outils utilisés par les établissements pour communiquer avec les parents et les élèves doivent intégrer l’équilibre dès leur conception — des plages de notification configurables, des contrôles clairs d’adhésion et de désinscription, et des rapports qui montrent comment le volume et le calendrier des communications se comportent réellement, et pas seulement si les messages ont été livrés. C’est le socle minimal vers lequel pointe la conclusion du JRC sur la « conception technologique réfléchie », quelle que soit la plateforme utilisée par l’établissement.

C’est aussi un point de départ moins coûteux qu’il n’y paraît. Aucune des sept conclusions du JRC n’exige de nouveaux effectifs ni une refonte des programmes avant de pouvoir démarrer. Un paramétrage des plages de silence, un sondage-pouls trimestriel et un message d’accueil plus clair relèvent de décisions de configuration et de communication, pas de projets d’investissement — ce qui en fait un premier pas raisonnable même pour les établissements encore aux prises avec les lacunes de connectivité et de formation du personnel que l’OCDE et Interreg Europe décrivent comme les correctifs les plus lents et les plus difficiles à mettre en œuvre.

BeeNet constitue une façon concrète de répondre à cette exigence — ses outils de messagerie et de notifications permettent aux établissements de définir des plages de silence, de distinguer les communications urgentes des communications courantes, et de donner aux familles une visibilité sur ce qui est envoyé et à quel moment, plutôt que de reposer par défaut sur des alertes permanentes. Ce n’est pas la seule façon de répondre à la norme européenne émergente de « bien-être par conception », mais c’est un moyen concret de commencer.

L’UE a fait passer le bien-être numérique du statut de simple note de bas de page à celui de pilier à part entière. La recherche sur ce qui fonctionne précisément à l’intérieur de ce pilier reste encore à écrire. Pour les établissements qui décident au quotidien de la manière de communiquer avec les familles, la question n’est plus de savoir si le bien-être numérique a sa place dans cette décision — le signal politique est désormais clair sur ce point — mais quand les outils et les habitudes de l’établissement viendront s’y aligner.

Références

Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.

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