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L'apprentissage en France recule de 2,8 %. Et maintenant ?

L'apprentissage en France recule de 2,8 %. Et maintenant ?

Les effectifs de l’apprentissage en France ont reculé de 2,8 % en 2025, pour s’établir à 1 020 400 apprentis au 31 décembre — un premier recul depuis la réforme de l’apprentissage de 2018. C’est ce qu’indique la Note d’Information n°26-35 de la DEPP, publiée le 16 juillet 2026 (DEPP, 2026). Toutes les sources qui expliquent ce recul pointent d’abord vers la même cause : le resserrement budgétaire et réglementaire. Mais le calendrier qui régit la manière dont les familles entendent parler de l’apprentissage comme option mérite lui aussi d’être examiné. La baisse n’est pas uniforme : l’apprentissage de niveau secondaire est resté quasiment stable (0,0 %), tandis que l’apprentissage de niveau supérieur a chuté de 4,5 %, effaçant la croissance de 3,5 % enregistrée l’année précédente. Les apprentis représentent désormais 8,5 % des 16-29 ans.

Ce que montrent vraiment les chiffres de la DEPP

Les données de la DEPP révèlent un recul quasi général : la baisse touche presque toutes les académies françaises, sans se concentrer sur une zone particulière. Cette ampleur n’est pas anodine : elle écarte une explication purement locale et oriente vers quelque chose de systémique.

La répartition entre secondaire et supérieur change la lecture qu’en font les établissements. L’apprentissage de niveau secondaire — la voie qu’un élève de collège ou de lycée intègre directement, souvent en parallèle d’un CAP ou d’un bac professionnel — est resté quasiment stable. C’est au niveau supérieur que se concentre le plus fort du recul, -4,5 %. Autrement dit, le public directement concerné par la fenêtre d’orientation actuelle — les familles de collégiens et de lycéens qui décident de la suite du parcours — n’est pas encore celui où la baisse est la plus marquée.

Par ailleurs, AEF info rapporte que les entrées en nouveaux contrats d’apprentissage — un indicateur légèrement différent des effectifs totaux — ont diminué de 4,9 % en 2025, une première baisse en onze ans, depuis 2014 (AEF info, 2026). La même source précise que le budget 2026 de l’État vise malgré tout 849 000 nouveaux contrats — un objectif fixé alors même que ce budget prévoit des mesures d’économies, ce qui en dit long sur l’incertitude de cette reprise annoncée. Centre Inffo, l’organisme public d’information sur la formation professionnelle, qualifie 2025 de premier recul du secteur depuis la réforme de 2018 et cite le président de la branche, Yves Hinnekint, qui met en garde : 2026 pourrait marquer une « véritable rupture », plus qu’un simple creux passager (Centre Inffo, 2026).

Ce qui explique le recul : resserrement budgétaire et réglementaire

Toutes les sources de ce dossier qui avancent une explication convergent vers le resserrement budgétaire et réglementaire.

L’OFCE, l’institut de recherche économique rattaché à Sciences Po, attribue ce recul principalement à ce qu’il appelle un « resserrement budgétaire et réglementaire successif depuis 2023 », avec notamment une aide à l’embauche pour les employeurs réduite d’environ 8 000 € à 5 000-6 000 € par contrat (OFCE Policy Brief n°157, 2026). C’est la lecture d’un économiste sur la période même que couvrent les données de la DEPP, et elle concorde avec ce qui se passe sur le terrain.

Un reportage de France 3 Régions Normandie montre concrètement ce que signifie ce resserrement dans un centre de formation. Au CFA Interconsulaire de l’Eure (CFAie), à Val-de-Reuil, en Normandie — un centre passé de 1 600 à 2 200 apprentis en dix ans — le financement régional de l’apprentissage est tombé de 260 millions d’euros en 2025 à 134 millions d’euros en avril 2026, puis à 33 millions d’euros après un décret du 28 mai 2026 : une coupe d’environ 100 millions d’euros en deux mois. L’aide matérielle par apprenti est passée de 500 € à 200 €. Le directeur, Patrice Pierre, résume la situation sans détour : les apprentis « doivent rester un investissement, pas un coût ». La coordinatrice Mélanie Richeneur avertit que ces coupes budgétaires risquent de freiner l’embauche des jeunes et pourraient les pousser vers d’autres voies (France 3 Régions, 2026).

L’argent n’explique pas tout

Les coupes budgétaires restent l’explication la mieux étayée, et cet article ne le conteste pas. Le rapport pays 2026 de l’OCDE va jusqu’à présenter une partie de ce désengagement comme volontaire : il salue comme « une avancée bienvenue » la réforme de 2025 qui restreint l’éligibilité aux aides à l’apprentissage aux élèves les moins diplômés, les aides plus larges accordées avant 2025 ayant pu, selon l’OCDE, « se substituer à d’autres emplois » plutôt que financer de nouvelles formations (OCDE, 2026). Une partie du recul pourrait donc être un ajustement de politique publique qui fonctionne comme prévu, non un système en crise. Aucune des sources citées ici ne teste, ne mesure, ni même n’évoque un déficit de communication auprès des familles comme facteur explicatif — cette lecture est propre à cet article, qui la met en regard du récit budgétaire, sans qu’aucune source ne l’affirme.

La fenêtre d’orientation où l’apprentissage n’est pas mentionné

Voici l’angle que les analyses centrées sur le budget laissent de côté : le calendrier que les familles utilisent concrètement pour prendre leurs décisions d’orientation.

La circulaire nationale d’orientation et d’affectation pour 2026 détaille précisément ce calendrier. La consultation de l’offre de formation ouvre le 3 avril ; la période de saisie des vœux par les familles se déroule du 4 au 26 mai ; les résultats sont publiés le 30 juin (Bulletin officiel, NOR MENE2532981N, 2025). Ce texte constitue l’ossature opérationnelle du parcours que suivent les familles françaises pour choisir entre les voies du lycée — et il s’articule presque entièrement autour de l’affectation via Affelnet, la plateforme nationale d’affectation scolaire. L’apprentissage n’y apparaît qu’une seule fois, en passant : « poursuite de sa formation scolaire ou en apprentissage ». Le document qui régit cette fenêtre de décision ne prévoit aucun plan de communication dédié à l’apprentissage à destination des familles.

Ce calendrier coïncide avec un levier sur lequel les établissements et les CFA peuvent agir, quelle que soit l’issue du débat budgétaire : les semaines mêmes où les familles arbitrent entre les voies sont celles où la procédure officielle reste quasiment muette sur l’apprentissage. Que ce silence pèse ou non sur les effectifs, le combler coûte bien moins cher qu’inverser le désengagement budgétaire national décrit par l’OFCE — les dépenses pour l’apprentissage passant de 24,1 milliards d’euros en 2024 à une projection de 20,5 milliards en 2026 —, et cela relève du pouvoir d’action d’un établissement, contrairement à la politique budgétaire nationale.

Ce que les établissements et les CFA peuvent faire pendant la fenêtre des vœux

L’opportunité concrète se situe dans cette même fenêtre avril-juin déjà définie par la circulaire. Plusieurs actions restent réalistes pour les établissements, collèges et CFA, sans attendre une évolution des politiques publiques :

  • Traiter l’apprentissage comme un sujet planifié, pas une mention annexe. Si le calendrier national ne l’évoque qu’une fois, la communication de l’établissement peut, elle, en parler à plusieurs reprises sur la même période — avant, pendant et après la fenêtre des vœux.
  • S’adresser directement aux familles, pas seulement aux élèves. Les décisions d’orientation se prenant en général avec les parents et non par l’élève seul, un message diffusé uniquement en classe risque de ne jamais atteindre le foyer qui décide réellement.
  • Caler les messages sur les échéances du calendrier lui-même. Le 3 avril (ouverture de l’offre), le 4-26 mai (fenêtre des vœux) et le 30 juin (résultats) sont des points de repère naturels pour des rappels — pas seulement des échéances à surmonter.
  • Coordonner directement avec les CFA du secteur. Un collège ou un lycée n’a pas besoin de devenir expert en apprentissage — il a besoin d’une relation de travail avec le CFA le plus proche, pour relayer des dates de portes ouvertes exactes et à jour plutôt qu’une information générique déjà obsolète en mai.

En pratique

Concrètement, cela peut prendre la forme d’un court SMS envoyé à toutes les familles de 3e et de lycée le 3 avril, jour d’ouverture de la consultation de l’offre de formation : « Les réunions d’information sur l’apprentissage au [CFA] démarrent cette semaine — dates et inscription : [lien] ». Cela peut aussi être une notification de deux lignes envoyée le 4 mai, premier jour de la fenêtre des vœux, rappelant aux familles que l’apprentissage mérite d’être exploré au même titre que les choix de lycée, avec un lien vers le contact du CFA concerné. Et cela peut enfin être un court récapitulatif envoyé après les résultats du 30 juin — pour les familles dont l’affectation en lycée n’a pas répondu à leurs attentes — les orientant vers les coordonnées du CFA le plus proche.

Rien de tout cela ne nécessite de financement supplémentaire. Il faut simplement une infrastructure de communication capable de toucher réellement chaque famille pendant la fenêtre qui compte, par un canal qu’elle ouvrira — un problème différent de celui que décrivent la DEPP, l’OFCE et Centre Inffo, et que les établissements peuvent résoudre selon leur propre calendrier.

Le déficit de communication peut être comblé dès maintenant

Restaurer le financement de l’apprentissage suppose une négociation budgétaire pluriannuelle impliquant ministères, régions et organisations patronales — rien qu’un établissement ou un CFA isolé ne maîtrise. Combler le déficit de communication pendant la fenêtre d’orientation, en revanche, ne demande pas cela. Il suffit de disposer d’un moyen fiable pour joindre chaque famille, de façon répétée, aux moments que définit le calendrier national, sans compter sur l’unique ligne d’une circulaire pour faire le travail.

C’est une exigence opérationnelle : une communication soutenue et multicanale vers chaque famille pendant une fenêtre saisonnière définie. Des plateformes de communication conçues à cet effet existent précisément pour rendre ce type d’action fiable plutôt qu’improvisé. BeeNet en fait partie : conçu pour les établissements qui doivent joindre chaque parent via des annonces et des campagnes SMS calées sur des moments comme le 3 avril, le 4 mai et le 30 juin — découvrez comment cela s’intègre au calendrier d’un établissement via une démo.

La prochaine fenêtre des vœux rouvrira au printemps. La situation budgétaire se sera peut-être améliorée d’ici là — ou pas : cela ne dépend d’aucun établissement en particulier. Que les familles entendent parler de l’apprentissage clairement et à plusieurs reprises pendant cette fenêtre, en revanche, en dépend. La question n’est pas de savoir si ce déficit mérite d’être comblé. C’est de savoir quand chaque établissement décidera de le faire.

Références

Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.

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