Fin du primaire : seuls 30 % lisent bien en Afrique francophone
En Afrique subsaharienne francophone, seuls 30 % des élèves atteignent un niveau de compétence suffisant en lecture à la fin du primaire, et seulement 20 % en mathématiques. C’est le constat central de PASEC2019, l’évaluation régionale des apprentissages pilotée par la CONFEMEN — la Conférence des ministres de l’Éducation des États et gouvernements de la Francophonie — dans les 14 pays testés lors de ce cycle. C’est aussi le chiffre que la présidente en exercice de la CONFEMEN elle-même a cité publiquement en appelant les États membres à mieux exploiter ces résultats.
Pour un chef d’établissement, ce chiffre de 30 % n’est pas l’essentiel. Ce qui compte, c’est ce que la CONFEMEN elle-même identifie comme obstacle à l’exploitation de ces résultats : des résultats d’évaluation « mal exploités », selon les termes de l’organisation, associés à une culture de l’évaluation limitée, et l’absence d’un « système de communication dynamique » capable de transformer les données d’évaluation en action. Ce diagnostic — posé par la CONFEMEN sur son propre programme — est justement le levier sur lequel les chefs d’établissement peuvent agir concrètement.
Ce que révèlent les chiffres du PASEC sur la lecture, et pourquoi la CONFEMEN continue de les rappeler
Le PASEC est passé de 10 pays en 2014, à 14 en 2019, puis à au moins 21 lors du cycle 2024/2025 — ce qui en fait la plus vaste évaluation régionale des apprentissages en Afrique, selon une note d’analyse 2025 du National Foundation for Educational Research (NFER), l’organisme de recherche britannique. Il évalue la lecture et les mathématiques en début et en fin de primaire, ainsi que — nouveauté du cycle 2025 — en fin de premier cycle du secondaire.
Mais l’élargissement de la couverture géographique n’a pas résolu le problème de fond que la CONFEMEN pointe elle-même. Dans un article de 2025 co-rédigé par des membres de son personnel pour le Partenariat mondial pour l’éducation, l’organisation affirme sans détour que son étude de 2019 « a révélé que les résultats des évaluations sont mal exploités, faute d’une culture de l’évaluation suffisante ». C’est ce constat qui a conduit la CONFEMEN à lancer PACTE, un programme de suivi conçu spécifiquement pour aider les pays membres à traduire les données d’évaluation en politiques et en pratiques — et c’est aussi pourquoi l’une de ses recommandations explicites est que les pays « mettent en place un système de communication dynamique » afin d’améliorer la diffusion des résultats auprès des acteurs de terrain et des partenaires nationaux, et leur utilisation par ces derniers.
La note du NFER pointe le même manque, sous un autre angle : parmi les défis encore non résolus pour la consolidation du PASEC lui-même, ses parties prenantes citent « une approche systématique de la communication », capable de tenir ensemble les opérations et la collaboration à travers les nombreuses langues de travail du programme.
Les progrès au sein de la cohorte PASEC2019 n’ont pas non plus été uniformes. Entre les cycles 2014 et 2019, le Niger, le Bénin, le Sénégal et la République du Congo ont progressé ; les résultats du Cameroun sont restés stables ; et ceux du Togo en mathématiques ont reculé. Les élèves du privé ont devancé leurs homologues du public de 22 points en moyenne — même après prise en compte de la localisation — selon l’analyse des microdonnées PASEC2019 réalisée par le Center for Global Development. Cette même analyse estime qu’au rythme observé sur ces deux cycles, il faudrait encore 45 ans aux pays du PASEC pour combler l’écart avec le niveau de performance actuel des pays européens — un rattrapage d’une telle ampleur que la rapidité avec laquelle les résultats d’un seul cycle sont traduits en action compte autant que leur exactitude. C’est aussi un rappel que ce qui se passe à l’intérieur d’une école n’explique pas, à lui seul, ces chiffres.
La Côte d’Ivoire a déjà transformé ce chiffre en réforme
Le diagnostic de la CONFEMEN n’a rien de purement théorique — un pays en a déjà tiré les conséquences au niveau national. D’après le même compte rendu des propos tenus à Dakar en janvier 2025 par la professeure Mariatou Koné, présidente de la CONFEMEN, les conclusions de PASEC2019 ont directement poussé la Côte d’Ivoire à engager une réforme profonde de son système éducatif — les États Généraux de l’Éducation Nationale et de l’Alphabétisation — d’où sont issus des changements structurels visant à améliorer la performance du secteur. C’est exactement le schéma qu’implique la recommandation d’un « système de communication dynamique » : un résultat d’évaluation national traduit en réponse institutionnelle concrète, plutôt qu’un rapport qui circule entre ministères et s’arrête là.
Reste une question ouverte : que se passe-t-il entre l’annonce d’une réforme nationale et une salle de classe ? Une feuille de route ministérielle n’atteint jamais un parent tant que rien, à l’échelle de l’école, ne la relaie jusqu’à lui — et c’est précisément ce maillon que la CONFEMEN juge insuffisamment développé.
Les chiffres de 30 % et 20 % du PASEC sont propres à l’Afrique francophone et diffèrent des chiffres établis à l’échelle du continent avec d’autres méthodologies. Un rapport « Spotlight » 2025 du Rapport mondial de suivi de l’éducation (GEM Report) de l’UNESCO — qui ne se limite pas aux pays francophones et retient un indicateur combiné différent — constate que seuls 10,8 % des enfants atteignent le niveau minimal de compétence à la fois en lecture et en mathématiques à la fin du primaire. Ce chiffre n’est pas directement comparable à la répartition du PASEC — pays différents, mesure différente — mais il rappelle que la crise des apprentissages dépasse largement les 14 à 21 pays suivis par le PASEC. Les données du PASEC sur la lecture en début de scolarité restent par ailleurs rares en leur genre : une analyse de mars 2024 de l’institut IICBA de l’UNESCO note que les données mondiales sur la lecture et les mathématiques en début de primaire (2ᵉ année) proviennent essentiellement de deux sources seulement — le PASEC et le programme LLECE en Amérique latine.
La communication n’explique pas, à elle seule, cet écart
Rien de tout cela ne signifie qu’un meilleur système de communication suffirait, à lui seul, à combler l’écart de compétences. Ces mêmes microdonnées de PASEC2019, analysées par le Center for Global Development en 2021 (les résultats de PASEC2024 restaient en attente en août 2026), montrent que les inégalités entre écoles se sont creusées entre 2014 et 2019, que seule la moitié des enseignants atteint le niveau de compétence le plus élevé en lecture, que 40 % des enfants déclarent souffrir souvent de la faim à l’école, et que 54 % ont déjà redoublé une classe — autant de réalités qu’aucune plateforme de messagerie ne peut résoudre. Ces facteurs sont corrélés aux résultats d’une manière que la communication ne peut pas modifier. Ce qu’une couche de communication peut apporter, en revanche, c’est de garantir que ce qu’une école sait déjà d’un enfant parvienne effectivement à sa famille.
À quoi ressemble une « meilleure exploitation des résultats » dans une école concrète
La recommandation de la CONFEMEN — un « système de communication dynamique » — est facile à énoncer, plus difficile à se représenter concrètement. Dans la pratique, elle se traduit par quelques dispositifs récurrents et concrets :
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Un mot en fin de trimestre. Un message court, en langage clair, envoyé à chaque famille par le canal qu’elle utilise réellement — SMS pour les familles sans smartphone, notification via l’application pour les autres — déclenché automatiquement dès que les bulletins scolaires sont finalisés. Deux ou trois phrases : où se situe la classe par rapport au repère de lecture ou de mathématiques du trimestre, et une action précise que la famille peut mener cette semaine-là — « 10 minutes de lecture à voix haute, quatre soirs cette semaine », par exemple, plutôt qu’une exhortation générique à « soutenir les apprentissages à la maison ».
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Une explication en langage clair dès la publication d’un rapport. Lorsqu’un rapport d’évaluation national ou régional paraît — un rapport-pays du PASEC, ou une feuille de route ministérielle comme celle de la Côte d’Ivoire — l’école diffuse, dans la semaine, une note explicative d’une page : ce que montrent les données, et les deux ou trois actions concrètes que l’établissement met en œuvre en réponse. Pas le rapport complet. Pas un communiqué de presse. Une traduction pensée pour les parents, plutôt que pour des décideurs publics.
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Une alerte automatique en cas de décrochage. Sachant que 54 % des élèves testés par le PASEC ont déjà redoublé au moins une classe, une école qui suit déjà ses élèves à risque déclenche un message automatique dès qu’un enfant est signalé comme candidat potentiel au redoublement — en demandant un court échange avec la famille dans la semaine qui suit, plutôt que d’attendre la prochaine réunion parents-professeurs programmée, parfois des mois plus tard.
Aucun de ces trois dispositifs n’exige de nouvelles données. Ils exigent un système capable de transformer des données que l’école possède déjà en un message qui parvient à la famille au bon moment, à chaque fois, sans qu’un membre du personnel doive s’en souvenir manuellement.
Construire la couche de communication scolaire que le PASEC dit manquante
C’est là l’exigence opérationnelle qui se cache derrière la recommandation de la CONFEMEN : un moyen d’atteindre chaque famille, sur le canal qu’elle utilise réellement, déclenché automatiquement par des événements qui se produisent déjà dans la vie d’une école — la fin d’un trimestre, la publication d’un rapport, un enfant qui décroche — plutôt que de dépendre de quelqu’un qui se souvient de rédiger et d’envoyer le message à la main.
Des plateformes conçues spécifiquement pour ce flux de travail existent déjà. Les outils de messagerie et de récapitulatif quotidien de BeeNet en sont une implémentation possible — mises à jour de progression automatisées et liées aux événements de notation, récapitulatif quotidien que les parents ouvrent réellement, et acheminement par canal qui ne suppose pas que chaque famille possède un smartphone. C’est une option parmi d’autres — pas un substitut aux problèmes de pénurie d’enseignants et d’équité que pointent les mêmes données du PASEC. Si cela correspond à la situation de votre établissement, la page cas d’usage écoles détaille comment cela s’articule, et une démonstration courte reste le moyen le plus rapide de vérifier si l’outil convient.
La CONFEMEN a identifié ce manque à partir de ses propres données de 2019. La Côte d’Ivoire en a tiré une réforme nationale. Un nouveau cycle du PASEC, couvrant désormais 21 pays, est déjà engagé, avec des résultats encore attendus. Le diagnostic est public depuis un moment déjà — la question qui reste, pour chaque établissement pris individuellement, n’est pas de savoir si un système de communication aiderait, mais combien de temps encore il attendra avant d’en construire un.
Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.
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