Le décret belge sur le climat scolaire : ce que change le nouveau « délégué au harcèlement » pour la communication avec les parents
Depuis juillet 2026, 235 écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB), en Belgique, sont légalement tenues de désigner un membre du personnel responsable de la manière dont le harcèlement est signalé, suivi et communiqué aux parents. Le gouvernement de la FWB a approuvé plus de 1,4 million d’euros de financement pour 2026-2027 afin de soutenir un dispositif d’accompagnement sur quatre ans construit autour de ce rôle, officiellement appelé « délégué(e) en charge du climat scolaire et du bien-être à l’école » BX1. Pour les chefs d’établissement partout où la communication liée à la sécurité des familles a jusqu’ici relevé davantage du jugement individuel que d’un protocole formalisé, cette évolution mérite qu’on s’y attarde — non pas parce que le dispositif juridique belge se transposera tel quel ailleurs, mais parce que le problème de fond qu’il vise à résoudre, lui, se retrouve partout.
Ce que prévoit exactement le décret
Ce n’est pas un rôle purement symbolique. Il trouve son origine dans le décret fondateur du 27 avril 2023 relatif à l’amélioration du climat scolaire, qui a créé le poste de délégué, une « procédure de signalement » formelle pour les incidents de harcèlement et de cyberharcèlement, un dispositif de soutien aux écoles, et un « Observatoire du climat scolaire » chargé de suivre les résultats dans les établissements participants FWB/Gallilex. Un décret modificatif de 2026, déposé en mai et adopté en juin, prolonge et finance le dispositif pour une quatrième année.
Deux éléments comptent particulièrement pour les responsables scolaires hors de Belgique qui se demandent s’il s’agit d’une simple note réglementaire de passage ou d’un signal annonciateur. D’abord, le rôle de délégué est formellement inscrit dans le plan de pilotage de chaque école et fait l’objet d’une « évaluation régulière » — ce n’est pas un titre honorifique, c’est une responsabilité auditée RTBF. Ensuite, le dispositif a pris de l’ampleur depuis son lancement : environ 200 écoles étaient attendues pour l’année scolaire 2023-2024, 118 écoles ont effectivement composé cette première cohorte, et le programme compte désormais 235 écoles pour 2026-2027 Pacte pour un Enseignement d’excellence. La Belgique n’est pas la seule à formaliser ce type de rôle : la réforme de la loi espagnole sur l’éducation de 2020 a introduit une obligation comparable, imposant à chaque école de nommer un « coordinateur du bien-être et de la protection » et de mettre en œuvre des protocoles anti-harcèlement OECD Working Paper No. 341, et la loi française de 2022 a fait du harcèlement scolaire une infraction pénale à part entière — un levier différent, mais la même pression sous-jacente à formaliser ce qui relevait autrefois de l’appréciation discrétionnaire.
Les chiffres qui justifient l’urgence
Ce décret n’est pas né de nulle part. Des données belges convergentes — issues de PISA 2022, PIRLS 2021 et HBSC 2022 — montrent qu’environ 20 % des élèves de la FWB déclarent avoir vécu une situation de harcèlement au moins une fois par mois, et le chiffre global de la FWB avance qu’un enfant sur trois est impliqué, à un titre ou un autre, dans une situation de harcèlement — comme auteur, témoin ou victime Délégué général aux droits de l’enfant. Ce taux dépasse sensiblement la moyenne européenne : l’étude HBSC de l’OMS/Europe, menée dans 44 pays, montre que la cybervictimisation est passée de 12-13 % en 2018 à environ 15-16 % (« un enfant sur six ») en 2021-2022, tandis que le harcèlement scolaire en présentiel est resté relativement stable, autour de 11 %, sur la même période WHO/Europe. Quelle que soit la réponse juridique retenue par chaque pays, cette tendance — la cybervictimisation en hausse pendant que le harcèlement scolaire classique stagne — est un phénomène européen, pas une singularité belge.
À quoi ressemble ce rôle dans la pratique
L’illustration la plus concrète fournie par les documents de la FWB elle-même vient de l’école communale Princesse Elisabeth, à Charleroi. Un diagnostic externe du climat scolaire y avait révélé un taux élevé de moqueries et de brimades entre élèves. En réponse, l’école a révisé son règlement d’ordre intérieur, mis en place un canal de signalement anonyme pour les élèves, et désigné un référent « climat scolaire » chargé de présider un comité de pilotage trimestriel qui examine les incidents et suit les progrès en matière de prévention Pacte pour un Enseignement d’excellence. La FWB met désormais à disposition des écoles participantes un modèle officiel décrivant la mission et les tâches du délégué, généralisant aux 235 écoles les mêmes éléments de base que l’exemple de Charleroi illustre dans la pratique : un canal de signalement, un responsable identifiable, et un rythme de suivi fixe. Le délégué général aux droits de l’enfant de Belgique va plus loin, en recommandant que chaque province reproduise deux dispositifs existants précis — la Cellule de Référence et d’Intervention Harcèlement (CRIH) de La Louvière et le Réseau Prévention Harcèlement (RPH) de Namur — l’idée étant de constituer un réseau d’orientation partagé à l’échelle provinciale plutôt que de laisser chaque école construire sa propre réponse à partir de rien Délégué général aux droits de l’enfant.
Pour donner corps à ce que pourrait signifier une « notification structurée » au quotidien pour une école : un protocole piloté par un délégué pourrait prévoir que tout signalement de harcèlement déclenche un accusé de réception le jour même à la famille à l’origine du signalement (un court message confirmant la réception et indiquant un délai de suivi, envoyé le jour même via le canal déjà utilisé par l’école pour ses communications courantes — email, application ou SMS), suivi d’un bref compte rendu écrit aux familles des deux élèves concernés dans un délai de 3 à 5 jours d’école une fois l’incident examiné par le délégué, puis d’un bilan trimestriel — une page, sans noms — partagé avec le conseil des parents, présentant le volume d’incidents et leurs tendances par catégorie. Rien de tout cela n’est tiré d’un modèle FWB nommément désigné ; il s’agit d’une illustration de ce que « le délégué coordonne les procédures de signalement » tend à signifier concrètement.
Le rôle en lui-même réduit-il le harcèlement ?
Ici, les preuves invitent à plus de prudence, et il vaut mieux le dire clairement plutôt que de l’éluder. Le rapport de travail 2026 de l’OCDE sur le harcèlement scolaire dans les pays membres est explicite : les mesures de gouvernance telles que la désignation d’un rôle ou d’une équipe mandatée « font rarement l’objet d’évaluations d’impact rigoureuses », et la base de preuves quant à leur efficacité reste limitée OECD Working Paper No. 341. Là où le rapport parvient à isoler des preuves causales — à partir d’études quasi expérimentales en différence de différences portant sur les lois anti-harcèlement américaines, un levier plus fort qu’un simple rôle au niveau d’un établissement — il constate que ces lois sont associées à une réduction d’environ 10 % du risque de harcèlement autodéclaré, et que les chefs d’établissement des États dotés d’une telle législation rapportent jusqu’à 8,4 % d’incidents en moins que ceux qui n’en ont pas, avec les effets les plus marqués pour les élèves filles et LGBTQI+. Le programme finlandais KiVa, référence comparative pour la Belgique, est crédité dans l’avis du délégué général d’un constat selon lequel le risque de harcèlement est 1,2 à 1,3 fois plus élevé dans les classes non-KiVa — une corrélation au niveau du programme, non un effet isolé du rôle en tant que tel, puisque KiVa combine prévention, intervention et suivi. Ce même avis désigne d’ailleurs la cohésion de l’équipe enseignante, et non le seul rôle du délégué, comme « l’une des meilleures protections contre la victimisation ».
Un bilan honnête, en toute franchise. Un délégué nommé et une procédure de signalement documentée constituent une infrastructure nécessaire, mais les recherches attribuent de façon constante les réductions durables du harcèlement à une conception de programme à l’échelle de l’établissement — formation continue du personnel, réseau d’orientation défini, suivi — plutôt qu’à la seule existence d’un rôle isolé. Formaliser ce poste est donc un point de départ, pas un aboutissement. L’OCDE pointe par ailleurs des disparités importantes qu’un protocole de communication ne suffira pas à combler : parmi les élèves socio-économiquement favorisés, les garçons issus de l’immigration obtiennent un score 64 % plus élevé sur un indice d’intensité du harcèlement que les filles nées dans le pays au sein du même groupe favorisé — un rappel que le niveau de risque varie selon le profil de l’élève, pas uniquement selon qu’une école a désigné ou non quelqu’un pour le surveiller.
Ce que cela signifie pour la communication avec les parents dans votre établissement
Qu’une école relève ou non spécifiquement du décret de la FWB, la direction qu’il indique est une tendance que les responsables scolaires d’Europe et de la région MENA — y compris les écoles qui évaluent leur propre dispositif de communication — sont susceptibles de rencontrer sous une forme ou une autre : la notification aux familles en cas d’incident de harcèlement ou de cyberharcèlement passe d’une décision laissée à l’appréciation individuelle à une obligation que les écoles doivent documenter, horodater et pouvoir justifier. Voici quelques mesures concrètes qui découlent de l’expérience de la FWB et des travaux comparatifs de l’OCDE :
- Désignez une personne responsable, même de manière informelle, avant qu’une réglementation ne vous y oblige — le comité de pilotage trimestriel de Princesse Elisabeth montre que ce modèle s’adapte facilement à une seule école.
- Formalisez par écrit votre calendrier de notification — accusé de réception le jour même, un délai de suivi exprimé en jours plutôt qu’en « bientôt », et un rapport agrégé périodique à l’attention des parents — afin que les familles sachent à quoi s’attendre et que le personnel sache ce qui lui incombe.
- Conservez une trace facile à produire — un journal horodaté indiquant qui a été prévenu, par quel canal, et à quel moment, exportable en un seul rapport plutôt que reconstitué à partir de la boîte mail de quelqu’un — car la prudence même de l’OCDE quant à la faiblesse des preuves d’impact joue dans les deux sens : si vous ne pouvez pas montrer ce que vous avez fait et quand, vous ne pouvez pas non plus savoir si cela a fonctionné.
- N’en restez pas au rôle seul. Associez un délégué nommé à une formation régulière du personnel et à un parcours d’escalade défini — le constat partagé du délégué général et de l’OCDE est que le cadre entourant le rôle compte autant que le rôle lui-même.
Rien de tout cela n’exige d’attendre un décret. La conclusion pratique que suggère le déploiement du dispositif de la FWB est simple : un circuit de notification double, documenté et horodaté, pour les incidents de sécurité, coûte peu à mettre en place aujourd’hui et coûte cher à reconstituer sous le regard critique de demain. Une plateforme qui centralise déjà la messagerie parents-enseignants et l’historique des notifications — comme la messagerie de BeeNet et ses outils de notification — constitue une voie possible pour les écoles qui souhaitent que cette traçabilité soit intégrée d’emblée plutôt qu’assemblée à la main après coup. Ce n’est pas la seule manière d’y parvenir, mais si votre processus actuel pour savoir qui a été informé, de quoi, et quand, vit dans la boîte mail de quelqu’un, c’est le bon moment pour changer cela. Si vous souhaitez voir comment un circuit structuré de notification d’incidents pourrait s’adapter à votre établissement, réservez une démo.
Références
Pour les références et sources, voir la version anglaise de cet article.
Prêt à transformer la communication de votre école ?
Commencez à gagner du temps et à augmenter l'engagement des parents avec BeeNet.
Demander une démo