Évaluation par compétences : ce qui change en 2025
L’évaluation par compétences désigne le dispositif qui situe chaque élève, du CP à la 3e, sur une échelle à quatre niveaux de maîtrise — insuffisante, fragile, satisfaisante, très bonne — pour les compétences du socle commun. Depuis septembre 2025, un texte réglementaire a retiré ce système de compétences du calcul du contrôle continu du brevet : voici ce qui change concrètement, et comment l’expliquer aux familles.
Ce cadre reste obligatoire aujourd’hui, fixé par le décret n° 2015-1929 du 31 décembre 2015 et consigné dans le livret scolaire unique (LSU). Il coexiste avec les notes chiffrées : dans le quotidien de la classe, elles ne sont supprimées à aucun niveau ; dans les bilans périodiques officiels, en revanche, un positionnement par notes n’est possible qu’au collège.
Le socle commun, base de l’évaluation par compétences
Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture est défini par le décret n° 2015-372 du 31 mars 2015. Il couvre cinq domaines : les langages pour penser et communiquer ; les méthodes et outils pour apprendre ; la formation de la personne et du citoyen ; les systèmes naturels et les systèmes techniques ; les représentations du monde et l’activité humaine Source. Le premier domaine, « les langages », se subdivise lui-même en quatre objectifs évalués séparément (langue française, langues étrangères, langages scientifiques, langages des arts et du corps), ce qui porte le total à huit composantes devant chacune atteindre un niveau de maîtrise suffisant en fin de cycle.
L’échelle à quatre niveaux de maîtrise
Le décret de 2015 fixe quatre niveaux officiels : maîtrise insuffisante, maîtrise fragile, maîtrise satisfaisante et très bonne maîtrise. En pratique, la formulation varie selon le niveau scolaire. Le ministère précise que « du CP au CM2, l’enseignant situe l’élève dans chaque matière sur des objectifs d’apprentissage : non atteints, partiellement atteints, atteints, dépassés » — une déclinaison plus concrète de la même logique à quatre paliers.
Ce qui est possible à quel niveau
Le positionnement sur l’échelle à quatre niveaux est possible dans toute classe de la scolarité obligatoire, de l’élémentaire à la 3e. Un positionnement par notes, en revanche, n’est possible qu’au collège : « dans les bilans périodiques, un positionnement sur une échelle à quatre niveaux est possible dans toute classe de la scolarité obligatoire. Un positionnement par des notes n’est possible qu’au collège » Source.
Notes ou compétences : ce qui coexiste vraiment au collège
Contrairement à une idée reçue, les notes n’ont jamais été supprimées par le passage à une évaluation fondée sur les compétences. Le ministère est explicite : « dans le quotidien de la classe, les notes ne sont supprimées ni en élémentaire, ni au collège » Source. À partir de la sixième, des notes peuvent être introduites dans les bilans périodiques, en complément du positionnement sur les compétences. Certains établissements ont néanmoins choisi d’aller plus loin en pratiquant des « classes sans notes », fonctionnant uniquement par compétences jusqu’au brevet — une pratique qui reste légalement possible et que les textes récents n’interdisent pas, mais qui perd une partie de sa justification en 3e : la note de contrôle continu du brevet se calculant désormais sur une moyenne de notes chiffrées, ces classes doivent malgré tout produire des notes pour leurs élèves de troisième. Aucun décompte national officiel n’existe, mais une estimation avancée par la presse spécialisée — à prendre comme un ordre de grandeur, non une statistique officielle — situait entre 30 et 40 % la part des collèges ayant adopté une évaluation sans notes avant 2025, concentrée dans les académies d’Orléans-Tours, de Rennes et de Nantes Source.
La réforme de 2025 sur le brevet
Le point de bascule concerne le diplôme national du brevet (DNB). Un arrêté du 10 avril 2025 a changé le mode de calcul de la note de contrôle continu : elle n’est plus établie à partir des huit domaines du socle commun, notés sur 800 points, mais par une simple moyenne des notes de 3e. Une note de service parue au Bulletin officiel du 4 septembre 2025 confirme que ce texte « met fin à l’ancien système de notation sur 800 points ». L’éduscol le formule sans ambiguïté du côté ministériel : « cette évaluation n’intervient pas dans l’obtention du Diplôme national de brevet (DNB) » Source. Le socle commun lui-même n’est pas abrogé — seule sa fonction dans le calcul du brevet disparaît. Dans les académies où l’évaluation sans notes était la plus répandue, la presse spécialisée rapporte des enseignants se disant « totalement désavoués » et parlant d’« un immense gâchis » Source.
Le livret scolaire unique : ce que les écoles doivent savoir
Le LSU, et sa version numérisée le LSUN, ont pour base légale l’arrêté du 31 décembre 2015, compagnon du décret fondateur — son existence est donc obligatoire et les familles ne peuvent pas s’y opposer sur le principe. Seul le téléservice de consultation en ligne est facultatif : un parent peut demander une version papier à la place Source. Le LSUN contient « les notes des élèves, les bilans périodiques et de fin de cycle, les appréciations des professeurs et le suivi de l’acquis des compétences », avec une durée de conservation limitée à « 3 ans (durée d’un cycle scolaire) plus une année » Source. Pour un établissement, retenir cette durée est surtout utile pour répondre aux questions des familles sur la conservation des données de leur enfant ; le seul point d’action concret reste le canal de repli papier à prévoir pour celles qui refusent le téléservice.
Ce qui change vraiment pour les enseignants
Le témoignage le plus concret sur le terrain vient du syndicat SGEN-CFDT, qui documente une charge de travail réelle : une « superposition de modes d’évaluation » quand grades et compétences doivent être renseignés en parallèle, une formulation des compétences qui varie d’une matière à l’autre, et des outils numériques (ENT) jugés insuffisants pour saisir correctement les évaluations par compétences Source. Rien dans les textes examinés n’impose explicitement cette double saisie ; elle tient surtout à des outils numériques pas toujours conçus pour saisir les deux systèmes à la fois. C’est donc à ce niveau, outillage et organisation interne, qu’un établissement garde une vraie marge de manœuvre pour alléger la charge.
Sur le fond pédagogique, le chercheur Charles Hadji rappelait déjà en 2016 que les notes chiffrées ne sont pas, elles non plus, une mesure fiable : la docimologie, un champ de recherche qui documente depuis 1936 la variabilité de la notation d’une copie à l’autre selon le correcteur, établit que « la notation n’est pas une mesure » Source. Si les notes persistent malgré cela, c’est pour deux raisons non pédagogiques : elles servent de repère commode et familier, et elles remplissent une fonction de tri du système scolaire. Aucune étude disponible ne permet en revanche d’affirmer qu’évaluer par compétences améliore, en soi, les résultats des élèves — c’est un choix de lisibilité et de cohérence pédagogique, pas un résultat mesuré.
La critique récurrente : les parents ne comprennent pas le bulletin
C’est le point de friction le plus cité par les praticiens. Le même syndicat résume un arbitrage impossible à trancher une fois pour toutes : des libellés trop larges (« maîtrise de la langue ») masquent ce que l’élève a réellement réussi ou non, mais un découpage trop fin en sous-compétences rend le bulletin illisible. Sa propre conclusion est directe : il existe « une communication du bulletin aux parents qui n’est pas satisfaisante » Source. Pour un établissement, ce n’est pas un problème à résoudre en modifiant le LSU — un outil national hors de portée d’une école — mais un problème de communication complémentaire à organiser localement.
Comment l’expliquer aux familles, concrètement
En pratique, cela prend la forme d’un message court envoyé au moment précis où le bulletin devient lisible en ligne, pas d’une explication générale en début d’année que personne ne relit six mois plus tard. Trois éléments à combiner :
- Canal : un message via l’application ou l’espace numérique de l’école plutôt qu’une note papier glissée dans le cartable, qui se perd facilement.
- Déclencheur : l’envoi du bilan périodique lui-même — le message accompagne systématiquement chaque publication de bulletin, trimestre après trimestre.
- Contenu type : une phrase qui traduit chaque niveau en langage courant. Le tableau ci-dessous couvre les quatre niveaux, prêt à copier dans un message aux familles.
| Niveau de maîtrise | En langage courant, pour les parents |
|---|---|
| Très bonne maîtrise | L’élève réussit la compétence seul, y compris dans des situations nouvelles ou complexes. |
| Maîtrise satisfaisante | L’élève réalise la compétence seul, sans aide, dans la plupart des situations. |
| Maîtrise fragile | L’élève y arrive encore avec de l’accompagnement. |
| Maîtrise insuffisante | L’élève ne parvient pas encore à réaliser la compétence, même avec de l’aide ; un accompagnement renforcé est nécessaire. |
Un rappel bref à chaque envoi coûte moins cher en temps qu’une réunion d’explication, et touche aussi les familles qui n’assistent pas aux réunions de rentrée.
Évaluer par compétences reste donc, au quotidien de la classe, un cadre réglementaire stable — mais un cadre à traduire activement pour les familles à chaque publication de bulletin — sans quoi le fossé entre ce que documente le LSU et ce qu’en comprennent les parents ne se refermera pas tout seul. BeeNet propose une manière d’opérationnaliser cette étape : un canal de messagerie et d’annonces dédié à l’école, avec des groupes par classe, pour accompagner chaque bilan périodique d’un message explicatif court, en plusieurs langues si l’établissement en a besoin. Voir les fonctionnalités de messagerie et les annonces de BeeNet, ou comment elles s’intègrent dans un usage pour les écoles.
Références
- Décret n° 2015-1929 du 31 décembre 2015 relatif au livret scolaire de l’école élémentaire et du collège. Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000031742252
- Arrêté du 10 avril 2025 modifiant l’arrêté du 31 décembre 2015 relatif aux modalités d’attribution du diplôme national du brevet. Légifrance. https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000051451951
- Modalités d’attribution du diplôme national du brevet à compter de la session 2026, note de service du 2 septembre 2025 (Bulletin officiel n° 33 du 4 septembre 2025). Ministère de l’Éducation nationale. https://www.education.gouv.fr/bo/2025/Hebdo33/MENE2515977N
- « La fin programmée des compétences au collège ». Le Café pédagogique, 23 septembre 2025. https://www.cafepedagogique.net/2025/09/23/la-fin-programmee-des-competences-au-college/
- « Livret Scolaire Unique (LSU) : un outil à améliorer d’urgence ». SGEN-CFDT Auvergne, 2024. https://auvergne.sgen-cfdt.fr/actu/livret-scolaire-unique-lsu-competences-parcours-un-outil-a-ameliorer-durgence/
- « Le socle commun de connaissances, de compétences et de culture ». éduscol, Ministère de l’Éducation nationale, mis à jour janvier 2026. https://eduscol.education.gouv.fr/4761/le-socle-commun-de-connaissances-de-competences-et-de-culture
- « Le livret scolaire unique du CP à la troisième ». Ministère de l’Éducation nationale, mis à jour le 10/12/2025. https://www.education.gouv.fr/le-livret-scolaire-unique-du-cp-la-troisieme-1979
- « Le livret scolaire unique numérisé (LSUN), c’est quoi ? Peut-on s’y opposer ? ». CNIL, 2024. https://www.cnil.fr/fr/cnil-direct/question/le-livret-scolaire-unique-numerise-lsun-cest-quoi-peut-sy-opposer
- Hadji, Charles. « Sortir du faux-débat sur les notes à l’école ». The Conversation France, 2016. https://theconversation.com/sortir-du-faux-debat-sur-les-notes-a-lecole-48767
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